Les négociations anglo-européennes sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE

« Chaque fois qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le grand large, nous choisirons le grand large » déclara Winston Churchill au Général De Gaulle, le 4 Juin 1944. Plus de soixante-dix ans plus tard, le Royaume-Uni décida, le 24 Juin 2016, de quitter l’Union Européenne à la suite d’un référendum avec un taux de participation élevé de 72.2%.

 

 

Comme le montre l’historien, Keith Dixon, dans son article « De quoi le Brexit est-il le nom ? », les clivages politiques internes au Royaume-Uni, symbolisant la relation tumultueuse qu’entretiennent les britanniques avec l’Union Européenne, existe depuis le début de la construction européenne.
En effet, les britanniques sont rentrés à contre cœur dans l’Union européenne, puisque, en 1950 Londres souhaitait instaurer une zone de libre-échange à travers l’Association européenne de libre-échange (AELE), mais au même moment les six pays fondateurs de la Communauté économique européenne (CEE) prônaient une union douanière à savoir la suppression des barrières douanières entre-eux. Or ce projet de l’union douanière ne convenait pas aux britanniques car elle garantissait un accès privilégié à certains pays sur leur marché, et de fait les liens spéciaux avec les pays du Commonwealth ne seraient pas sauvegardés. Cependant, la Grande-Bretagne était dans l’incapacité de rivaliser avec les succès économiques de la CEE, et se tourna ainsi vers celle-ci afin d’y déposer sa candidatures. Mais Londres continue de tenir tête à la CEE, et les négociations d’adhésion butaient sur le problème des importations en provenance des pays du Commonwealth, que les dirigeants britanniques souhaitaient protéger. Dès le départ les britanniques ont montrés leur manque d’enthousiasme pour la construction d’un projet européen, qui prendra la forme d’une union ; celle de l’Union européenne. D’ailleurs l’importance accordée à une simple zone de libre-échange ne s’est pas effacé depuis, car effectivement le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher avait activement soutenu le projet de marché unique au début des années 1980, qui avec l’Acte unique devait s’accompagner d’une liberté de circulation des marchandises, des services, du capital et des personnes. Cependant même si le libre-échange était prioritaire, les différents gouvernements ont refusé de participer à l’union économique monétaire qui sait concrétisée avec le Traité de Maastricht signé en 1991, les gouvernements qui succédèrent ont toujours refusés que la Livre Sterling intègre le Système monétaire européen (SME). Et pour cause, l’argument de la « dame de fer » était d’ordre politique car elle ne pouvait accepter la perte de la souveraineté sur sa politique de change, et cette conception été unanime dans tous les partis politiques britanniques, les britanniques ne voulaient pas d’un super-Etat qui soit au-dessus de la Grande-Bretagne.

D’ailleurs, dès 1952, la Communauté Economique du Charbon et de l’Acier (CECA) fut un projet rejeté par les deux camps politiques britanniques ; travailliste et conservateur. Si la construction de l’Union européenne fait l’unanimité contre elle en 1952, les positionnements des différents parti politiques vont évoluer en parallèle à l’accroissement des prérogatives de l’Union européenne jusqu’à scindé la Grande-Bretagne en deux, d’un côté les Brexiters, mené par Nigel Farage, favorables à la sortie du Royaume- Uni de l’Union européenne, et de l’autre les Remainers, favorable au maintien du Royaume-Uni dans l’Union. Ce clivage qui marque désormais le paysage politique britannique s’explique par la conception que les britanniques ont de leur pays, en effet, comme l’évoque la théorie constructiviste des Relations internationales, pour comprendre les actions d’un acteur il faut savoir qui il est. Dans cette logique, la Grande-Bretagne ancienne puissance insulaire et navale continue aujourd’hui à se percevoir comme un empire qui doit surplomber les autres Etats européens, voire même dominer le continent, malgré la persistance de la pensée Churchillienne9 qui demeure dans les esprit britanniques. Lorsque Churchill évoque les « Etats-Unis d’Europe », cela nous renvoie aux Etats-Unis d’Amérique, et pour cause, il souhaite à l’époque la création d’un continent uni avec un rayonnement international à l’instar de son homologue américain, cependant demeure une question qui au vu de l’actualité devient primordiale. La comparaison avec les Etats-Unis d’Amérique bute sur un élément essentiel : la politique étrangère. En effet tandis que les américains détiennent une politique étrangère cohérente, les européens ont à l’inverse, du mal à mettre en œuvre une politique étrangère. Et pour cause, l’Union Européenne est composé de 28 Etats, bientôt 27 avec la sortie du Royaume-Uni, et c’est au travers de cette mosaïque étatique que l’Union tente de mettre en exergue sa politique extérieure, cohérente et efficace.

 

Si le Royaume-Uni a toujours été méfiant voire défiant quant à sa participation à la construction européenne. C’est dans ce contexte de scepticisme que les anglais ont décidés de quitter le navire pour se tourner vers le grand large, remettant à l’ordre du jour l’avenir de la Politique étrangère de l’UE. Néanmoins le processus de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne se fera à travers des négociations houleuses, dont l’objectif du Royaume-Uni serait d’obtenir une sortie avantageuse, quant à l’Union européenne son combat est de ne pas inciter d’autres Etats européens à suivre le chemin pris par les britanniques. D’ailleurs c’est certainement pour sortir gagnant de ces négociations que la Première ministre Britannique, Theresa May a avancé les élections législatives pour s’assurer une marge de manoeuvre dans les négociations. Cependant cette dernière semble en difficulté lors des récents débats face à Jeremy Corbin, chef de file du Labour, et en particulier face à un journaliste de la chaine Channel 4 concernant ses fréquentes changement de position sur la place de la Grande-Bretagne au sein de l’UE.

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