La politique régionale de l’Iran : une lutte pour l’hégémonie au Moyen-Orient face à l’Arabie Saoudite

La problématique concernant le nucléaire iranien remonte au Shah Mohammed Reza (1941-1979) qui été un régime soutenu par les Etats-Unis. Ce gouvernement a voulu doter le pays d’un programme nucléaire civil avec l’accord des États-Unis[1]. En 1974, l’Organisation de l’énergie atomique de l’Iran (OEAI) décide de construire deux sites industriels atomiques à des fins civiles dans la région de Bouchehr. Toutefois la révolution de 1979 suivi par la Guerre contre l’Irak (1980-1988) ont marquées la fin d’un usage exclusivement pacifique du nucléaire par l’Iran[2].

Le mardi 14 Juillet 2015, l’Iran et le groupe des « 5+1 »[3] parviennent à un accord-cadre nucléaire à Vienne. C’est un signe d’ouverture diplomatique de l’Iran envers les pays occidentaux de la part du président Rohani[4].  L’accord nucléaire prévoit une levée totale des sanctions économiques sur l’Iran et en contrepartie il devra assurer un programme nucléaire exclusivement civil sous contrôle de l’ONU. L’intérêt de l’Iran de traiter avec les occidentaux n’est pas seulement d’ordre financier[5] mais l’objectif in fine serait d’établir « l’arc chiite ».  En effet l’Iran protège le président syrien Bachar El-Assad, soutien le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza, les Houthis au Yémen, et favorise la naissance de nouvelles milices en Irak[6]. C’est ainsi que de nombreux Etats occidentaux, mais également des Etats arabes, s’interrogent sur les intentions de l’Iran dans la région.  Certains commentateurs considèrent que le dégel prévu par la levée des sanctions estimée à 1.6 milliard$[7] par mois des recettes pétrolières pourraient être injecté dans le développement de l’industrie militaire, permettant ainsi à l’Iran d’étendre son influence.

L’exacerbation de la concurrence entre l’Iran et l’Arabie Saoudite sous l’effet de l’accord nucléaire : une volonté d’expansion de l’influence chiite au Proche-Orient

En mars 2009, le roi d’Arabie Saoudite Abdallah bin Abdelaziz a tenus les propos suivants, devant le conseiller de la Maison Blanche, pour l’antiterrorisme John Brennan : « On ne peut pas faire confiance aux Iraniens (…) L’objectif de l’Iran est de causer des problèmes« [8].  Ce qui effraie l’Arabie Saoudite mais également d’autre Etats arabes[9] est le fait d’assister à un nouveau tracé des cartes stratégiques du Proche-Orient dû au réchauffement des relations entre Téhéran et Washington. La lutte d’influence entre les deux grandes puissances pétrolières à savoir l’Arabie Saoudite et l’Iran s’explique par plusieurs facteurs. Premièrement le facteur cultuel marque une opposition entre l’Iran chiite et l’Arabie Saoudite sunnite. Mais cet aspect n’est pas suffisant puisqu’il s’agit d’une opposition entre deux peuples issus de deux civilisations différentes. L’Iran est issu de l’Empire Perse qui recouvrait une grande partie du Moyen-Orient sous l’Antiquité. Quelques années plus-tard, au Moyen-Age, c’est l’Empire Arabe dont est issu l’Arabie Saoudite qui dominait la région. C’est plus une lutte d’influence entre ces deux anciennes civilisations, qu’une lutte religieuse. Deuxièmement, le facteur politique marqué par une différence de système politique. D’un côté l’Iran est une république islamique théocratique avec deux personnages importants, le Président iranien Rohani et le guide de l’Ayatollah Ali Khamenei. De l’autre, l’Arabie Saoudite est une monarchie absolue avec à sa tête la dynastie saoudienne Al Saoud instaurée en 1932. De plus ces deux grandes puissances ont des régimes politiques assez stables par rapport au marasme des autres pays de la région tel que l’Irak. Ainsi l’Arabie Saoudite et l’Iran sont les deux pays qui peuvent prétendre opérer une politique régionale afin d’étendre leur zone d’influence.

La lutte iranienne contre le terrorisme : de la protection de son cercle d’influence à l’instrumentalisation du terrorisme pour la formation de l’arc chiite

Dans un contexte violent marqué par le développement de mouvement salafistes-djihadistes en Irak et en Syrie que sont Al Qaeda et Daech, le rapprochement initié par Barack Obama exprime la volonté d’instaurer la sécurisation et la stabilité du Moyen-Orient par l’intermédiaire de l’Iran. Le terrorisme international provient largement des régimes conservateurs des pays sunnites, c’est par la faiblesse de ces pays qui n’ont pas pu gérer et maitriser ces entités que l’Iran tente de retrouver une place sur la scène internationale. Mais le terrorisme fragilise le projet iranien de former un croissant chiite puisque Daech est implanté en Irak et en Syrie. Depuis 2003, à la suite de la chute du régime sunnite de Saddam Hussein en Irak, Téhéran soutient massivement l’Irak ce qui lui permet d’avoir un allié chiite à proximité, d’ailleurs l’Irak est à majorité chiite (60%).  Avant la crise syrienne, l’Iran entretenait de bonne relation avec la Syrie. Elle maintient cette relation avec le gouvernement de Bachar El-Assad, même si la Syrie prône l’Allaouisme, qui est, une variante du chiisme, éloigné de celui prôné par l’Iran. La Syrie reste un dirigeant chiite allié à l’Iran. Le régime de Bachar El-Assad est doublement menacé, d’une part par le terrorisme sur son territoire et d’autre part, par la communauté internationale. Cette dernière cherche à faire tomber le terrorisme présent en Syrie, mais en même temps de chasser Bachar El-Assad du pouvoir, ce qui amènerait l’Iran à perdre un allié de poids dans la région l’empêchant de former l’arc chiite. La Syrie est aussi un allié de l’Iran face à Israël et aussi les deux pays soutiennent le Hezbollah au Liban qui est aussi chiite. Ces relations diplomatico-militaires permettent à l’Iran d’avoir de l’influence dans la région face au sunnisme. De plus le terrorisme est une menace régionale, car du fait de la disposition géographique du Moyen-Orient, la frontière terrestre entre l’Iran et l’Irak longue de 1458km représente une menace directe du terrorisme sur son territoire, si Daech continue son expansion territoriale. Pour se protéger de la menace terroriste, l’Iran intervient militairement en soutien au régime syrien. D’ailleurs Téhéran et Damas ont signé un accord de coopération militaire en 1998 qui a été élargi pour inclure un accord de défense en 2006. Au printemps dernier, l’unité d’élite des Gardiens de la révolution iranienne ont déployés 7000 à 10 000[10] soldats de la brigade al-Quods autour de Damas afin de protéger la capitale à la suite de la prise de la cité antique de Palmyre par l’Etat islamique et de la province d’Idleb, par le Front al-Nosra. Quant à l’Irak, l’Iran fournit de manière secrète du matériel militaire, comme le déploiement de drone de surveillance. On peut également voir un nouvel affrontement possible entre l’Etat Islamique et l’Iran au Yémen puisque l’Iran s’estime en position de force dans la guerre civile qui agite le pays. L’Iran essaie d’avoir de l’influence par le biais d’actions indirects opérées au Yémen : le gouvernement sunnite en place fait face à une rébellion de houthistes. Ces rebelles prônent un régime monarchique et théocratique dans lequel le pouvoir spirituel et politique sont dictés par les imams chiites. Pour contrer cette rébellion, une coalition s’est mise en place composer des pays arabes comme l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis. Cette coalition est soutenue par les USA mais pas par l’Iran car étant à majorité chiite il aurait intérêt à ce que le Yémen entre dans le croissant chiite. Cet aspect du terrorisme est instrumentalisé par l’Iran pour déstabiliser la région afin d’étendre son influence, notamment au Koweït et Bahreïn où un réseau terroriste semble être relié au parti iranien. Finalement la lutte contre le terrorisme est protéiforme, elle permet à l’Iran d’une part d’asseoir sa protection dans la région, et d’autre part de former l’arc chiite.

En présence d’un contexte mondial rongé par le terrorisme et marqué par les flux économiques, l’Iran soutient qu’il peut occuper une place importante sur la scène internationale. L’Iran cherche à se protéger tout en s’imposant comme un hégémon régional face à l’Arabie Saoudite dont la prééminence sera probablement décuplée par la reprise des relations avec l’Occident faisant suite à l’accord nucléaire.

Pour plus de renseignements, une présentation prezi est accessible ici.

 

[1] En 1957, le Shah d’Iran signe un accord de coopération civile avec les Etats-Unis sur l’utilisation pacifique de l’atome dans le cadre du programme « Atomes pour la paix ».

[2] L’Iran a fait l’objet de plusieurs résolutions de la part de l’ONU concernant la production de l’uranium enrichi et la construction de sites nucléaires cachées.

[3]  Le « 5+1 » ou autrement appelé P5+1 est un groupe composé des six grandes puissances qui, en 2006, ont mis en commun avec l’Iran leurs efforts diplomatiques à l’égard de son programme nucléaire. Il s’agit en effet des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU à savoir, la Chine, la France, la Russie, le Royaume-Uni, et les Etats-Unis, auxquels s’ajoute l’Allemagne.

[4] Elu en 2013, le président iranien semble clore une politique isolationniste amorcée par son prédécesseur ; l’ancien président Ahmadinejad.

[5] En 2014-2015, le PIB de l’Iran était de 5milles$/habitant. L’accord nucléaire permet le dégel d’une somme conséquente qui s’élève à 137 milliards d’euros. FITZPATRICK Georges, Iran : l’Europe enclenche le processus du dégel des avoirs, Géotribune.com, le 17 juillet 2015. Les sanctions imposées à l’Iran depuis 1979 ont poussé le pays à accélérer son savoir-faire national dans de nombreux domaines, l’industrie pharmaceutique, les biotechnologies et les nanotechnologies. Sur ce dernier point, L’Iran se place, en 7ème position derrière notamment les Etats Unis et le Japon mais devance la France, le Canada et Singapour. De plus l’Iran détient 10% des réserves pétrolière, il est le premier producteur au monde .

[6] Toutes ces entités se revendiquent du chiisme.

[7] LEVINE Steve, Iran is forgoing $1.6 billion a month thanks to the failed nuclear talks, Quartz.com, le 24 novembre 2014.

[8] Selon un compte-rendu américain obtenu par WikiLeaks et examiné par Le Monde.

[9] Koweït, Bahreïn, Arabie Saoudite, Qatar, Abou Dhabi et en Jordanie

[10] KHALIFEH Paul, L’armée syrienne, ses milices et ses alliés étrangers, RFI.fr, le 1er octobre 2015.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s