L’attaque d’AQMI en réponse à la présence des forces françaises en Côte d’Ivoire

Ce tragique événement qui s’est produit le dimanche 13 mars 2016 en Afrique de l’Ouest, nous rappelle qu’il y a plusieurs mouvances terroristes qui sévissent dans le monde. En effet, les médias s’expriment fréquemment sur l’Etat Islamique, et mettent sous silence les autres organisations terroristes.  Pourtant, ce n’est pas la première fois, que le groupe Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) mènent des attaques terroristes en Afrique. En effet, quelques mois plus-tôt, dans la nuit du vendredi 15 au samedi 16 janvier 2016 à Ouagadougou, au Burkina Faso, s’est déroulée une attaque terroriste de l’AQMI.

L’attaque des six terroristes se revendiquant d’AQMI a provoqué la mort de quatorze civils, deux militaires et six terroristes. Cet attentat a été perpétré à Grand-Bassam, haut lieu touristique en Côte d’Ivoire et classé au Patrimoine mondial de l’Unesco pour ses vestiges coloniaux. Malgré un déploiement impressionnant du dispositif de sécurité à Abidjan par le gouvernement ivoirien, les terroristes ont pu malgré tout réaliser leur projet… mais à Grand-Bassam. Effectivement, les terroristes ont décidé de commettre cet attentat à 40km seulement au sud-est d’Abidjan. Cependant les commerçants de ce site balnéaire étaient conscients du danger qui les menaçait, notamment à la suite des attaques contre de grands hôtels de Bamako, de Ouagadougou, ainsi que l’hôtel Imperial Marhaba de Sousse en Tunisie.

En l’espèce, que révèle l’attentat de Grand-Bassam à la lumière de la présence des forces françaises en Afrique ?

Les cibles de l’AQMI sont les zones touristiques et in fine les occidentaux. En effet, Grand-Bassam ville historique et ex-capitale de la Côte d’Ivoire, abrite plusieurs hôtels fréquentés par une clientèle d’expatriés, dont le prince Charles-Philippe d’Orléans qui était sur la plage lors de l’attaque.

Pour le spécialiste du terrorisme Mathieu Guidère, ce ne sont pas uniquement les occidentaux qui sont concernés, mais c’est en particulier la France qui est visée au travers de l’attaque de Grand-Bassam : »Que les choses soient bien claires, au Mali, au Burkina ou en Côte d’ivoire, c’est la France qui est ciblée. Abidjan, une station balnéaire telle que celle de Grand-Bassam, toutes ces zones sont considérées comme le quartier général des Français. C’est là-bas que la France possède la plus grande communauté. Pour moi, je le répète la cible principale c’est la France. »[1]

D’ailleurs ce terrible événement nous fait penser à l’attaque menée en janvier par l’AQMI dans la capitale du Burkina Faso. Tout comme la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso est considéré être l’ennemi de cette organisation terroriste, puisque tout deux servent de point d’appui permanent de l’opération militaire française Barkhane.  L’opération Barkhane, lancée en 2013, est destinée à combattre les actions des djihadistes au Sahel et ainsi sécuriser l’Afrique en partie contrôlé par des indépendantistes touaregs et des groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda. Malgré le fait que la France soit la 1ère cible de l’AQMI, à la suite de l’attentat à Grand-Bassam, le Président de la République Française, François Hollande, a annoncé la poursuite et l’intensification de sa coopération avec ses partenaires africains dans la lutte contre le terrorisme.

L’attentat de Mars 2016 à été perpétré dans une ville contenant des vestiges coloniaux. C’est en réaction à l’histoire coloniale et à la présence permanente des français sur le sol africain que les réseaux djihadistes passent à l’acte. Selon Philippe Hugon, l’AQMI conteste les pouvoirs en place mais également souhaite redéfinir les frontières héritées de la colonisation afin de briser le lien historique entre l’Europe et l’Afrique sahélienne. En réponse à la montée des divers mouvements terroristes dans la région du Sahel, la France a déployé un arsenal militaire à travers son opérations extérieure Serval, autorisée par les Nations Unies le 20 décembre 2012 et l’opération Barkhane. Ces deux opérations démontrent l’omniprésence de la France dans cette région, caractérisée par la présence de 3.000 hommes dans cinq pays sahéliens : Mauritanie, Mali, Niger, Tchad et Burkina Faso. Toutefois, on note que la Côte d’Ivoire est absente de cette liste, pourtant la France a une part de responsabilité dans la dispersion des djihadistes en Afrique. En effet, après l’assaut des forces françaises de l’opération Serval en 2013, les groupes terroristes du Nord du Mali se sont disséminés dans la région certains se sont réfugiés en Libye, d’autres dans leurs bastions du nord du Mali et certains vers la frontière de la Côte d’Ivoire. Ainsi le retour des attaques terroristes dans des pays partenaires avec la France dans la lutte contre le terrorisme, montre finalement que ces opérations extérieures militaires n’ont pas éradiqués la violence, mais au contraire l’ont accentué. Selon le Philippe Hugon, ces OPEX[2] ont permis, temporairement, d’endiguer les conflits armés, mais l’armée française n’est pas apte à s’attaquer au berceau du terrorisme africain.

Selon Marc Trévidic, magistrat français et ancien juge antiterroriste, considère que l’AQMI depuis 2014 est la principale menace terroriste pour la France. En novembre 2015, ce groupe a pris  en otages des clients de l’hôtel Radisson Blu de Bamako (Mali), puis, quelques mois plus tard, s’est attaqué au quartier touristique de Ouagadougou, au Burkina Faso, pour finir, il y a quelques jours, attaqué le site balnéaire Grand-Bassam eu Côte d’Ivoire. Finalement les conflits armés qui traversent l’Afrique renvoient à la longue histoire coloniale de ce pays. Ces attaques sont une contestation des frontières héritées et internationalement reconnues au moment de la décolonisation. Dans cette perspective, ces groupes contestent également la présence des occidentaux sur le sol africain, et en particulier la France présente dans plusieurs pays composant la bande sahélienne.

C’est la raison pour laquelle, aujourd’hui la France est cernée par deux mouvances terroristes concurrentes : AQMI et l’Etat Islamique. Ainsi, par le biais de ces multiples interventions, la France voit la menace terroriste s’amplifier, et se rapprocher de ses frontières. A tel point, que certains pays soupçonnés d’être affilié à des organisations terroristes et proche de la République française, font également l’objet d’acte de terrorisme, c’est par exemple le cas de la Turquie, qui a subi une attaque à la voiture piégée à Ankara dans la nuit du dimanche 13 Mars 2016.

[1] Al-Qaïda au Maghreb Islamique revendique l’attaque en Côte d’Ivoire, France TV Info, publié le 13 Mars 2016, consulté le 14 Mars 2016.

[2] Opération Militaire Extérieure: L’opération Serval est intégrée dans le déploiement régionale Barkhane dont l’objectif est de se débarrasser du conglomérat djihadistes qui avait pris possession du nord du Mali en 2013.

Sources:
ADELE Alexis, Côte d’Ivoire : la cité balnéaire de Grand-Bassam plongée dans l’horreur terroriste, Le Monde.fr, publié le 13 Mars 2016, consulté le 14 Mars 2016. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/03/13/cote-d-ivoire-la-cite-balneaire-grand-bassam-plongee-dans-l-horreur-terroriste_4882100_3212.html#C9qd35jf4cxLmpEF.99
Al-Qaïda au Maghreb Islamique revendique l’attaque en Côte d’Ivoire, France TV Info, publié le 13 Mars 2016, consulté le 14 Mars 2016. Disponible sur : http://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/cote-d-ivoire-fusillade-en-cours-dans-un-hotel-de-la-station-balneaire-de-grand-bassam-frequentee-par-des-occidentaux-suivez-notre-direct_1357907.html
REMY Jean-Philippe, Comment l’Etat islamique est parti à l’assaut de l’Afrique, Le Monde.fr, publié le 22 janvier 2016, consulté le 14 mars 2016. Disponible sur :  http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/01/22/comment-l-etat-islamique-est-parti-a-l-assaut-de-l-afrique_4852085_3212.html#MeiZxXI4WfR19gwb.99
Ce que l’on sait de l’attaque en Côte d’Ivoire qui a fait au moins 16morts, dont un Français, France TV Info, AFP et Reuters, publié le 13 Mars 2016, consulté le 14 Mars 2016. Disponible sur : http://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/ce-que-l-on-sait-de-l-attaque-meutriere-contre-des-hotels-en-cote-d-ivoire_1358009.html
CHATELOT Christophe, L’Attaque d’AQMI à Ouagadougou : la fin de l’exception burkinabé face au terrorisme, Le Monde.fr, publié le 16 Janvier 2016, consulté le 14 Mars 2016. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/01/16/terrorisme-en-afrique-de-l-ouest-la-fin-de-l-exception-burkinabe_4848485_3212.html#hzOuPVfdfX5pMTDS.99
Daech, Boko Haram, Aqmi, Aqpa : qui est qui ? On vous explique tout, Metronews.fr, publié le 16 Janvier 2016, consulté le 20 février 2016. Disponible sur : http://www.metronews.fr/info/daech-boko-haram-aqmi-aqpa-qui-est-qui-on-vous-explique-tout/moat!moGm7m0YZH1E/
GUICHAOUA Yvan, L’impasse du contre-terrorisme au Sahel, Le Monde.fr, publié le 21 décembre 2015, consulté le 14 Mars 2016. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/12/21/l-impasse-du-contre-terrorisme-au-sahel_4836093_3212.html#yMRBWdPyrMLySipD.99
HUGON Philippe, Frontières poreuses, institutions faibles et interventions étrangères. Le Sahel entre deux feux djihadistes, Le Monde Diplomatique, publié en Mars 2016  , consulté le 14 Mars 2016. Disponible sur : http://www.monde-diplomatique.fr/2016/03/HUGON/54920#partage
Turquie : au moins 37 personnes tuées dans un attentat à la voiture piégée à Ankara, France Info et AFP, publié le 14 Mars 2016, consulté le 14 Mars 2016. Disponible sur : http://www.francetvinfo.fr/monde/turquie/turquie-plusieurs-blesses-dans-une-violente-explosion-a-ankara_1358019.html
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