La destruction d’ouvrage d’art : une arme de guerre idéologique populaire au Moyen-Orient mais passée sous silence en Occident

L’été dernier, l’Etat Islamique s’est emparé et a ravagé cette ville historique au nom de son idéologie. La prise de Palmyre fut annoncée comme étant une grande victoire par Daech. Ce groupuscule terroriste djihadiste de mouvance sunnite n’est pas le seul acteur dans la région a provoqué des destructions importantes du patrimoine culturel. Selon Anne de Coninck, journaliste chez Slate, dans « l’Arabie saoudite, destructeur en série du patrimoine culturel », l’Arabie Saoudite a joué un rôle majeur dans la destruction du patrimoine culturel yéménite. La reprise par l’armée syrienne de la citadelle de Palmyre comme annoncé par Libération révèle alors une perte de vitesse et d’influence de l’Etat Islamique dans la région. La prise de Palmyre, comme la destruction du patrimoine yéménite comme l’explique les journalistes du Slate, Anne de Coninck et Fanny Arlandis sont passés inaperçus par les médias. Or ces lieux symboliques constituent également une forme d’endoctrinement par l’Etat Islamique. En effet, en supprimant ces vestiges, l’Etat Islamique se permet alors de réécrire l’histoire.

A la suite des multiples destructions d’œuvre d’art, on observe que l’Etat Islamique se spécialise alors dans cette nouvelle activité, afin de nettoyer le paysage culturel de tous vestiges correspondant à des civilisations antérieures à l’islam. Cette activité s’inscrit dans la continuité de proclamer le califat dans la région, et donc de mettre sur pied un monde façonné par les bombes et les armes des djihadistes. D’ailleurs cette activité de pillage et de destruction leur est utile dans un second temps comme une forme de ressource financières à travers notamment le trafic d’art. Ainsi le bombardement de zone stratégique et culturel sert une double finalité, un objectif idéologique de réécriture de l’histoire et un objectif financier afin de se procurer de nouvelles armes par exemple.

Dans quelle mesure, la destruction d’ouvrage d’art, constitue aujourd’hui une forme d’arme de guerre idéologique ?

Depuis le 25 Mars 2016, le drapeau noir de l’Etat Islamique ne flotte désormais plus sur la citadelle de Palmyre. Il y a presque un an de cela, l’Etat Islamique s’était emparé de la ville, dont le château fort bâti au XIIIème siècle par les guerriers esclaves mamelouks sur une colline surplombant la ville. C’est grâce à une large coalition régionale[1] et internationale[2] que l’armée syrienne a pu retrouver sa terre, et se trouvait vendredi qu’à quelques mètres du temple de Bêl, joyaux de Palmyre, détruit par les hommes de Daech. Dans cette logique, la Syrie peut désormais s’afficher comme un adversaire redoutable de l’Etat Islamique. Cependant, dans une autre région du Moyen-Orient, la destruction de patrimoine ne suscite pas l’intérêt des occidentaux. En effet, le patrimoine yéménite est ravagé par la monarchie saoudienne. Depuis mars 2015, le Yémen fait face à une guerre civile devenue régionale entre sunnites et chiites. Le conflit sunnites-chiites a de tout temps existé dans la région, et vient bouleverser les cartes stratégiques dans la région, à tel point que l’Arabie Saoudite de mouvance sunnite, intervient dans les affaires intérieures du Yémen. Selon le président de la République du Yémen, Abd Rabbo Mansour Hadi, il est désormais question d’une reconquête de son propre territoire avec le soutien d’une coalition sunnite[3]. Dans la capitale, Sanaa, son prédécesseur, le président Ali Abdallah Saleh, est quant à lui a été appuyé par des séparatistes du sud chiite[4]. Cette guerre civile à causé la mort de 8.100 personnes, ainsi que la disparition d’un héritage classé au patrimoine mondial[5]. L’Arabie Saoudite joue un rôle crucial dans ces destructions, puisque selon Anne de Coninck, le royaume a depuis, la possession de lieux vénérés de l’islam[6], pratiqué la destruction d’ouvrages d’art, seulement le rythme des destructions s’est accélérée ces derniers temps[7]. Le royaume étend cette activité au Yémen, concernant la destruction d’ouvrage d’art chiites.

Selon Franck Mermier[8], cette activité évoque «une volonté de vengeance et de punition collective qui relève du droit de tuer et de détruire un ennemi que l’on a décidé de faire plier jusqu’à ce qu’il se rende». 

Autrement dit, c’est la volonté délibérée de supprimer toute trace de ce qui est antéislamique. D’ailleurs la doctrine wahhabite adoptée par cette monarchie condamne la visite de ces sites, qu’elle considère comme de l’idolâtrie. Finalement, l’Arabie Saoudite, au même titre que Daech, utilise cette activité de destruction des ouvrages d’art afin de réécrire l’histoire.

Le conflit au Yémen n’est pas seulement un désastre culturel, mais il est également humain. Selon les Nations Unies, plus de 5.000 personnes y ont trouvés la mort que ce soit du fait des destructions d’ouvrages, mais également par le biais du blocage de ravitaillement des zones rebelles par l’Arabie Saoudite et ses alliés. De ce fait, une large partie de la population se trouve privée d’eau potable, de médicament et de nourriture. Cette situation est similaire à celle qui se déroule à Palmyre, cependant le cas yéménite n’est pas médiatisé. En effet, la problématique au Yémen est passé sous silence par la communauté internationale et est d’ailleurs absente de nos écrans. Ce mutisme s’explique par le rôle et les relations que détiennent les occidentaux avec l’Arabie Saoudite. Tandis qu’on souligne les faits de barbaries pratiqués sur les humains ou le patrimoine pour diaboliser l’Etat Islamique, les médias et les leaders politiques réservent un traitement favorable à l’Arabie Saoudite. Malgré le discours du député socialiste Hervé Féron lors de l’Assemblée Nationale du 7 septembre 2015 dénonçant ainsi la situation catastrophique au Yémen, le gouvernement français continue de faire primer les intérêts économiques de la France vis-à-vis de l’Arabie Saoudite.

Alors que l’Arabie Saoudite, a récemment reçu la légion d’honneur par le président français, François Hollande, la monarchie continue de détruire des vestiges au Moyen-Orient. Au cours de ces quatre dernières années, de gros pans de l’héritage culturel syrien ont été détruits par les milices et groupes terroristes, dénonce Maamoun Abdulkarim[9]. S’ajoute à cela, l’activité traditionnelle de destruction des ouvrages d’art par l’Arabie Saoudite, le Moyen-Orient se vide petit à petit de son histoire, et de sa culture. Malgré ces agissements, la communauté internationale reste muette, notamment sur le cas saoudien. La destruction des vestiges culturels est considérée être une forme d’arme de guerre, du moins un moyen de pression par les Etats afin de réfuter l’histoire antéislamique. C’est à travers la disparition du patrimoine, que l’Arabie Saoudite et l’Etat Islamique entendent propager leurs idées et étendre leur zone d’influence. C’est une stratégie qui est difficile à combattre, puisque le seul moyen de lutter contre ces actions relève de la sécurisation de ces zones classées au patrimoine mondial.

[1] Composé par des combattants afghans, des milices chiites irakiens et du Hezbollah libanais

[2] De plus, une intervention internationale a accéléré ce processus, le bombardement russe de 146 frappes en trois jours dans la région de Palmyre, et le bombardement de l’aviation américaine dans les environs de la cité classée au Patrimoine mondial de l’Humanité a permis à la Syrie de reprendre le contrôle de la cité.

[3] Une coalition menée par l’Arabie saoudite avec l’aide de huit pays arabes dont le Qatar, le Bahreïn, le Koweït, l’Egypte ainsi qu’une poignée de mercenaires sud-américains

[4] Les rebelles Houthis, l’Iran et le Hezbollah libanais.

[5] Selon l’Organisation générale des Antiquités et des Musées du Yémen, au moins 52 sites ont été rasés.

[6] Par Abdulaziz Al Saud en 1920

[7] L’Arabie Saoudite a détruit 98% de son patrimoine religieux et historique afin de permettre l’expansion des mosquées Masiid al-Haram à la Mecque et du Prophète à Médine et donc recevoir les 17millions de fidèles attendus en pèlerinage tous les ans à l’horizon 2010.

[8] Anthropologue, spécialiste des sociétés arabo-musulmanes, principalement du Yémen et du Liban

[9] Directeur général des antiquités et des musées en Syrie

Sources: 
ARLANDIS Fanny, « Pourquoi la destruction du patrimoine yéménite passe inaperçue », Slate, publié le 2 novembre 2015, consulté le 26 Mars 2016. Disponible sur : http://www.slate.fr/story/107111/yemen-destruction-patrimoine-inapercue
DE CONINCK Anne, « L’Arabie saoudite, destructeur en série du patrimoine culturel », Slate, publié le 11 Mars 2016, consulté le 26 Mars 2016. Disponible sur : http://www.slate.fr/story/115177/arabie-saoudite-destructeur-patrimoine-culturel
DELILLE Benjamin, « Sauver le patrimoine syrien face à Daech, un travail proche du martyre », Slate, publié le 19 Aout 2015, consulté le 26 Mars 2016. Disponible sur : http://www.slate.fr/story/105739/sauver-patrimoine-syrie-travail-martyre
MATHIEU Luc, « Revers de l’EI à Palmyre », Libération, publié le 25 Mars 2016, consulté le 26 Mars 2016. Disponible sur : http://www.liberation.fr/planete/2016/03/25/revers-de-l-ei-a-palmyre_1442142
PUDLOWKI Charlotte, « Les Monuments Men sont de retour (pour faire face à Daesh) », Slate, publié le 21 Juin 2015, consulté le 26 Mars 2016. Disponible sur : http://www.slate.fr/story/103279/monuments-men-daesh
« Syrie : l’armée syrienne reprend la citadelle de Palmyre », Le Point.fr avec AFP, publié le 25 Mars 2016, consulté le 26 Mars 2016. Disponible sur : http://www.lepoint.fr/monde/syrie-l-armee-syrienne-reprend-la-citadelle-de-palmyre-25-03-2016-2027982_24.php#xtor=CS1-31
 
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