A l’approche de l’anniversaire de la révolution, focus sur la presse muselée en Egypte

En arrêtant un caricaturiste, « le régime égyptien veut montrer ses muscles », selon Moina FAUCHIER-DELAVIGNE, journaliste Le Monde, à propos de l’arrestation d’un caricaturiste pour la détention et la gestion d’un site internet sans permis.

Cet événement apparait quelques jours après la célébration interdite de la révolution du 25 Janvier 2011. En effet, le reportage concocté par les reporters Assia SHIHAB et Éric DE LAVARÈNE travaillant pour France24 nommé : « Egypte : 5ans après la révolution, la désillusion ? » révèle que le régime égyptien est toujours marqué par la répression et en particulier le musèlement de la presse.

Arrêté le dimanche 31 janvier 2016 par la police égyptienne, Islam Gawish, caricaturiste s’occupait d’un « site internet sans permis » selon les autorités égyptiennes. Les allégations à l’encontre de ce caricaturiste serait également la détention et l’utilisation des copies de logiciels informatique. Mais la véritable raison de son arrestation se nomme « Al Warka » signifiant la feuille en arabe. En effet ce caricaturiste détient une page Facebook, rassemblant plus de 1.6 million de personnes, dans laquelle il publie ses caricatures sociales et politiques satiriques visant le président Abdel Fattah Al-Sissi ou des responsables de son gouvernement.

Le rassemblement pour commémorer la révolte égyptienne le 25 février 2016 a été interdit, la répression est également visible à travers les médias qui ces derniers sont contraints à ne pas remettre en cause la parole du gouvernement depuis la promulgation de la loi antiterroriste du 17 Août 2015. Ces actions gouvernementales montrent la volonté du Président Abdel Fattah al-Sissi à étouffer le germe de toutes nouvelles contestations dans un pays où la situation économique et sociale est très fragile.

A l’aube de la célébration des cinq ans de la révolution égyptienne, la censure de la presse est-elle un garde-fou de tout nouvelle contestation du régime du général Abdel Fattah Al-Sissi ?

Dans ce climat hostile à la révolution du 25 Janvier, la chasse aux opposants se poursuit en particulier dans les médias et la presse écrite. Désormais, les journalistes n’ont plus le droit de s’exprimer librement, il en est de même pour les utilisateurs des réseaux sociaux. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le caricaturiste Islam Gawish fut arrêté puis libéré le 1er février.

« Janvier 2011 nous a donné le goût de la liberté, et nous ne sommes pas prêt à abandonner cela » Heba Affify journaliste égyptienne pour le journal indépendant Mada Masr.


La loi contre le terrorisme portant atteinte à la liberté d’expression à museler les voix dissidentes et notamment celles qui ont été à l’origine du Printemps Arabe de 2011. Ainsi les journalistes de toutes nationalités n’ont plus le droit de contredire les communiqués officiels, dans le cas contraire, ils s’exposeraient à de lourdes poursuites[1]. Cette législation fait peser sur les rédactions, condamnés, le risque de mettre la clé sous la porte. Toutefois, d’après le reportage France24, subsiste certaines rédactions indépendantes formant de ce fait des bulles de résistance à l’oppression gouvernementale. Actuellement le paysage médiatique est largement acquis par le gouvernement, le journal « Mada Masr » est l’un des rare média indépendant.

Pour d’autres quotidien, tel que « Al-Masri Al-Youm », il n’y a pas de censure de l’Etat. D’après Mohammed Anwar, journaliste de ce média « l’opinion publique ne supporte plus la critique. Dès qu’on exprime une opinion différente, on est taxé de traître, d’agent de l’étranger, de Frère musulman. Finalement, la censure que mènent les citoyens et même les journalistes est la pire ».

Selon certains médias, la répression viendrait plutôt de l’opinion publique, puisque le peuple à décidé de changer de gouvernement, toute critique envers celui-ci est considérée comme une critique contre le pays dans son entier.

[1] Une amende pouvant aller de 200 000 à 500 000 livres égyptiennes (entre 23 000 et 58 000 euros) et une interdiction d’exercer la profession de journaliste durant un an maximum. Il faut admettre, malgré les apparences, que c’est une sanction peu excessive, car la loi initiale prévoyait obligatoirement un emprisonnement de deux ans. Cette sanction fût abandonné grâce à l’opposition du Syndicat de la presse égyptienne.

Selon Amnesty International et le Comité de protection des journalistes, l’Egypte, en 2015,  arrive en deuxième position des pays emprisonnant le plus de journalistes[2], la première position est détenue par la Chine. Finalement la révolution de 2011 qui devait amener un vent de liberté sur le pays a eu un effet contreproductif, désormais la répression et la chasse aux opposants sont devenus mot d’ordre.

La décision gouvernementale de réprimer toute action venant la contredire a pour objectif d’éviter l’avènement d’un nouveau Printemps Arabe qui viendrait s’ajouter à la menace terroriste qui pèse sur l’Egypte. Le général, Al-Sissi est conscient que son gouvernement ne répond pas aux attentes du peuple égyptien c’est-à-dire, du travail et de l’avenir pour les jeunes.

[2] Au moins 23 journalistes détenus en 2015, contre aucun en 2012

« Sous couvert de mesures anti-terroristes, le gouvernement (…) recourt à des méthodes dures pour écraser tous ceux qui le critiquent« , Sherif Mansour, coordinateur des programmes du Commitee to Protect Journalists pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Les espaces de libertés sont aujourd’hui plus réduits que sous l’ère de Hassan Moubarak, ancien raïs d’Egypte chassé du pouvoir lors du Printemps Arabe de 2011. Cependant, dans les rédactions, chez les étudiants ou dans les usines la contestation n’a pas disparu, et, l’esprit du 25 Janvier 2015 survit.

Malgré l’existence de l’oppression aveugle du gouvernement, les pays occidentaux continuent de soutenir l’Egypte. Il serait intéressant de s’interroger sur les raisons pour lesquels certains pays des Droits de l’Homme maintiennent une relation avec l’Egypte, tandis que celui-ci enfreint certains droits internationaux en emprisonnant des égyptiens laïques, des opposants et des journalistes.

Sources:
DE LAVARENE Eric, SHIHAB Assia, FOCUS, Égypte : 5 ans après la révolution, la désillusion ?, France24, publié le 25 Janvier 2016, consulté le 6 février 2016. Disponible sur :  http://www.france24.com/fr/20160125-focus-egypte-revolution-cinq-ans-apres-moubarak-morsi-sissi
FAUCHIER-DELAVIGNE Moina, En arrêtant un caricaturiste, « le régime égyptien veut montrer ses muscles », Le Monde.fr, publié le 2 février 2016, consulté le 6 février 2016. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/02/02/en-arretant-un-caricaturiste-le-regime-egyptien-veut-montrer-ses-muscles_4858045_3212.html
Egypte : au moins 18 journalistes emprisonnés, un nombre record, AFP et LEXPRESS.fr, publié le 25 Juin 2015 consulté le 6 février 2016. Disponible sur : http://lexpansion.lexpress.fr/actualites/1/actualite-economique/egypte-au-moins-18-journalistes-emprisonnes-un-nombre-record-depuis-1990_1693209.html
Egypte : un caricaturiste accusé d’avoir créé un site « sans permis », RFI, publié le 2 février 2016, consulté le 6 février 2016. Disponible sur : http://www.rfi.fr/moyen-orient/20160202-egypte-caricature-islam-gawich-facebook-reseaux-sociaux-justice
L’Egypte promulgue une loi menaçant la liberté de la presse, LEXPRESS.fr, publié le 17  Aout 2015 , consulté le 6 février 2016. Disponible sur : http://www.lexpress.fr/actualite/medias/l-egypte-promulgue-une-loi-menacant-la-liberte-de-la-presse_1707470.html
Un caricaturiste égyptien arrêté parce qu’il tenait un « site Internet sans permis », Le Monde.fr, le 1er février 2016, consulté le 6 février 2016. Disponible sur : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/02/01/un-caricaturiste-egyptien-arrete-pour-tenir-un-site-internet-sans-permis_4856868_3212.html#h5fZwQdvmxoRJjR3.99
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